IDIHCS   22126
INSTITUTO DE INVESTIGACIONES EN HUMANIDADES Y CIENCIAS SOCIALES
Unidad Ejecutora - UE
artículos
Título:
Néo-« développementisme » extractiviste, gouvernements et mouvements sociaux en Amérique latine
Autor/es:
MARISTELLA SVAMPA
Revista:
PROBLEMES D4AMERIQUE LATINE
Editorial:
La Documentation Française
Referencias:
Lugar: Paris; Año: 2011 vol. 1 p. 103 - 103
ISSN:
0765-1333
Resumen:
L’Amérique latine apparaît sous un jour extrêmement contrasté et dérangeant. Certes, son territoire voit émerger et se consolider nombre de gouvernements progressistes qui s’attachent à transformer l’État, élargir la démocratie participative pour conduire, au final, des politiques publiques visant à améliorer les conditions de vie des couches les plus vulnérables de la population. Nourries d’un discours critique du néo-libéralisme des années 1990, ces politiques adoptent en général – tôt ou tard – une rhétorique nationale-populaire appelant avec insistance à la constitution d’un bloc populaire capable de faire face à la puissance des grands groupes économiques. Mais, ce récit national-populaire, nuancé de ses divers accents nationaux, coexiste avec une politique qui approuve et encourage l’installation d’un modèle néo-colonial fondé sur l’appropriation et la destruction des ressources naturelles. C’est dire que, derrière la rhétorique de l’industrialisation émancipatrice en vogue, se profile le « nouveau consensus international », « destin » que les gouvernements progressistes acceptent au nom d’« avantages comparatifs » ou de la pure et simple subordination à l’ordre géopolitique mondial. Historiquement, ce dernier réserve à l’Amérique latine le rôle d’exportatrice de la Nature, sans se préoccuper de l’impact déstructurant d’une telle activité sur la population ni de ses lourdes conséquences environnementales et sociales. En termes géopolitiques, l’option « extractiviste[1] » qui cherche aujourd’hui à s’implanter sur le territoire latino-américain, du Mexique à l’Argentine, répond à une nouvelle division territoriale et mondiale du travail. Celle-ci est fondée sur l’appropriation irresponsable de ressources naturelles non renouvelables créant de nouvelles dissymétries économiques, politiques et environnementales entre le Nord et le Sud. Dans ce sens, l’extractivisme dont il est ici question n’est pas une fatalité. C’est, de la part des différents gouvernements, un choix politique, mais aussi de civilisation. Cette option a des conséquences structurelles négatives sur les territoires et les économies en créant une nouvelle dépendance : on exporte toujours davantage de matières premières, ce qui se traduit par une concentration économique, une spécialisation de la production et une consolidation d’enclaves exportatrices, tous traits historiquement critiqués aussi bien par les courants se réclamant du développement que du marxisme. Si bien qu’il faut accorder une importance particulière au fait suivant : la situation actuelle illustre non seulement le lien persistant entre l’extractivisme néo-« développementiste »  et le néo-libéralisme, comme au Pérou, en Colombie ou au Mexique, mais aussi entre ce même extractivisme et les gouvernements progressistes dans un contexte de remontée en puissance de l’interventionnisme de l’État. Cette réalité ajoute à la complexité d’une problématique marquée par le caractère multifactoriel des conflits où se mêlent politiques publiques et logiques d’action et de territoire diverses. Pour traiter les différents aspects de cette approche, nous mènerons notre analyse en quatre temps. Nous nous intéresserons tout d’abord à la pénétration de l’extractivisme dans la région pour décrire ensuite rapidement quelques avatars de la notion actuelle de développement. Dans un troisième temps, nous nous arrêterons sur les images et les idées élaborées autour de la nature américaine pour rendre compte de la permanence d’un certain imaginaire, en fonction des « avantages comparatifs » dont la région possède aujourd’hui l’usufruit. Dans les deux dernières parties, nous aborderons la question de la nouvelle cartographie des conflits suscités par la mobilisation autour de questions environnementales animée par des organisations indigènes et paysannes ainsi que par les nouveaux mouvements socio-environnementaux. L’un de nos objectifs est d’illustrer les caractéristiques actuelles du tournant éco-territorial où viennent converger discours écologiste et matrice indigène et paysan. Enfin, pour éclairer les tensions existantes avec leurs nuances et leurs différences spécifiques, le présent article propose un aller-retour entre l’analyse de questions ou de notions d’ordre général et l’exploration de lieux comme l’Argentine, le Pérou, l’Équateur ou la Bolivie. [1] N.D.T. : Ce néologisme, comme son substantif « extractivisme »  calqué sur le portugais (Brésil) extrativismo, réfère à toute activité d’appropriation de produits naturels (d’origine minérale, animale ou végétale) en vue de leur commercialisation.